ARTICLE SUR LE BLOG DE MEDIAPART : mon second livre « Les Fantines »

par | Août 3, 2022 | maria écrit | 0 commentaires

Bonjour,

Voici un article de ma main écrit il y a environ un mois pour le blog de « Mediapart » qui me l’avait demandé. Il concerne la naissance sous X, catastrophique exception française en Europe, et, bien sûr, mon second livre, un essai intitulé « Les Fantines, l’accouchement sous X, une violence faite aux femmes ». Bonne lecture !

 

 

 

 

L’exception  française de l’accouchement sous X

En septembre 2017, après l’élection de Monsieur Macron, les associations de personnes nées sous X  se sont adressées aux parlementaires pour réclamer, une fois de plus, la suppression de l’accouchement sous X.

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Les engagées donnent la parole à Maria Pia Briffaut

© Vectorarte / Freepik

La loi d’août 2021 relative à la bioéthique élargit la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Elle donne de nouveaux droits aux enfants issus de la PMA. Elle ne légifère pas sur l’accouchement anonyme, dit accouchement sous X. Les personnes nées sous X n’ont pas les mêmes droits que les autres citoyens français.

En septembre 2017, après l’élection de Monsieur Macron, les associations de personnes nées sous X  se sont adressées aux parlementaires pour réclamer, une fois de plus, la suppression de cette exception française et Luxembourgeoise qui a causé tant de situations douloureuses. Aussi bien pour les enfants nés sous X que pour certaines des mères biologiques, voire pour des pères et des grands-parents biologiques.

Le combat des associations contre l’accouchement sous X a commencé en 1978 avec la création de la première association de personnes nées sous X : la D.P.E.A.O (Droit des Pupilles et des Adoptés à leurs Origines) dont la présidente était Annette Blain. Je suis moi-même présidente de l’ADONX (Association pour le Droit aux Origines des Sous X.) Cette lutte n’a jamais cessé, nos adversaires n’ont jamais désarmé. En 2022, l’accouchement sous X est toujours en vigueur. Le principal argument de ceux qui défendent l’accouchement sous X consiste à prétendre que celui-ci évite les abandons sauvages et les infanticides. Il suffit de lire les faits divers dans la presse pour comprendre que notre pays connait lui aussi des abandons sauvages comparables à ceux des autres pays européens. Quant aux infanticides, ils n’ont pas non plus disparu.

Nos associations ont rédigé un texte demandant le remplacement de l’accouchement anonyme par un accouchement dans la discrétion, texte qui a été proposé aux politiciens à plusieurs reprises dans l’espoir de leur inspirer une proposition de loi. La mère laisserait son enfant à l’adoption sans que son nom apparaisse sur l’acte de naissance. Mais ses coordonnées seraient conservées dans un dossier uniquement consultable par elle et son enfant majeur. Pour qu’ils puissent se retrouver, s’ils le désirent. Cette législation serait conforme aux Droits de l’Homme, et en meilleure conformité avec nos engagements internationaux, notamment la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. En 2016, le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU a demandé à la France de supprimer l’accouchement sous X et de s’interroger sur les raisons qui amenaient des femmes à accoucher dans ce cadre[1]. La Suisse a inscrit le droit aux origines dans sa Constitution. La Belgique et l’Allemagne ne connaissent pas l’anonymat de la naissance. Au Royaume-Uni, un adopté peut demander l’identité de sa mère biologique à sa majorité. Dans ces pays, les autorités ne sont pas accusées de bafouer le droit des femmes. Certains évoquent la résurgence des « boites à bébés » où un bébé peut être déposé de façon totalement anonyme. Etant donné qu’en France,  la presse se fait écho d’abandons de nouveau-nés dans la nature, des toilettes de gares, voire des bennes à ordures, la France pourrait elle aussi instaurer des boites à bébé !

Des écrits, des émissions de télévision ont témoigné auprès du public de la blessure causée à l’enfant par la privation d’identité originelle. Mais qu’en est-il du ressenti de sa mère biologique, censée avoir bénéficié de l’anonymat de la naissance ? Y-a-t-il réellement opposition entre le droit de la mère et le droit de l’enfant ? L’accouchement sous X apporterait la sécurité à la mère et serait l’expression de sa liberté, lui permettant de reprendre sa vie de femme libre interrompue par une grossesse non désirée. La femme qui a laissé un enfant à l’adoption de façon anonyme oubliera-t-elle cette naissance ? Et d’abord, quelles sont les raisons qui l’ont amenée à un tel acte ? Dans mon livre « Les Fantines, l’accouchement sous X, une violence faite aux femmes », paru en 2019 aux éditions du Lys Bleu, huit femmes témoignent des évènements qui les ont conduites à accoucher dans l’anonymat, de leur désarroi et de leur souffrance. Aucune n’a pu oublier l’enfant mis au monde dans un moment de détresse. Certaines pensent que l’on a profité de leur vulnérabilité. Trois d’entre elles témoignent également du vol d’enfant dont elles été l’objet. Il est facile d’évoquer les trafics d’enfants commis dans les pays en développement sans jamais dénoncer le fait que ces trafics ont bel et bien existé en France également. Huit années de procédure judiciaire ont reconnu le vol d’enfant subi par la mère de naissance de Rozenn Monereau, rapt d’enfant que l’on a fait passer pour un accouchement sous X. Rozenn le relate dans son livre « Un nom pour naître » paru aux éditions du Cherche Midi en 2009. A ma naissance, ma propre mère biologique a été contrainte à m’abandonner et j’attaque en justice l’ex-directeur de l’hôpital Jeanne de Flandre de Lille qui m’a refusé mon dossier de naissance en le déclarant faussement « passé au pilon » et nous a séparées à jamais, ma mère de naissance et moi.

Les associations de personnes nées sous X ont obtenu la création en janvier 2002 du CNAOP (Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles) qui devait permettre aux adultes nés sous X d’entamer une démarche pour retrouver leurs origines. Parmi nous, beaucoup pensent que cet organisme n’a vu le jour que pour empêcher une condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. En effet, le treize février 2003, la C.E.D.H rejetait la requête de Pascale Odièvre[2]. Elle avait appris que son dossier comportait le nom de ses frères et sœurs, sans que leur identité puisse lui être dévoilée. Son avocat souligna que le choix d’accoucher anonymement n’était jamais « ni libre, ni éclairé » en France et qu’au sein des pays européens, la tendance était d’admettre un droit d’accès à ses origines prôné par la Cour Européenne. En créant le CNAOP, la France aurait donc échappé à la condamnation. Or, la loi qui a créé le CNAOP ne remet pas en cause l’anonymat de l’accouchement, les dossiers des consultants restent  le plus souvent vides et il est dès lors logique que, dans de nombreux cas, le CNAOP ne retrouve pas la mère biologique.

Le taux de réussite du CNAOP est faible et l’accouchement sous X n’a pas été supprimé. Les personnes nées sous X sont-elles donc condamnées à ne pas retrouver leurs origines ?

Depuis trois ans, l’existence des tests ADN a révolutionné le paysage des recherches des origines. J’ai des ami(e)s qui recherchaient en vain depuis des décennies, qui n’avaient plus d’espoir et à qui les tests ADN ont permis de retrouver leurs familles biologiques. Il faut effectuer plusieurs tests, se faire aider par un professionnel, généalogiste ou enquêteur, patienter entre une et deux années. Mais le résultat est là. Les français effectuent les tests ADN interdits en France à partir de plateformes internationales basées à l’étranger. Et, désormais, celui qui veut retrouver retrouve. Au point de vue médical, des personnes qui souffraient de maladies d’origine génétique ont pu être prises en charge plus efficacement.  Le nombre de mères de naissance retrouvées a considérablement augmenté. Et elles seront de plus en plus nombreuses. Des parents adoptifs accompagnent les recherches de leur enfant adopté en leur offrant ces tests.

Où est désormais l’anonymat de la mère de naissance ? Il est devenu un leurre et l’accouchement sous X est désormais obsolète. Il devient à la fois ridicule et mensonger de prétendre organiser une naissance destinée à rester secrète à tout jamais !

Toutes les retrouvailles ne sont pas idylliques. Mais toutes apportent vérité et soulagement, améliorant la qualité de vie de tous ceux qui sont concernés, y compris pour les mères de naissance délivrées de leur douloureux secret ainsi qu’en atteste l’étude Duyme commanditée par le CNAOP.

[1] Rapport annuel du 4 février 2016 du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU

[2] Requête n° 42 326/98 – Arrêt Strasbourg du 13/02/2003

 

Author: Maria Briffaut

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