Message d’une lectrice.

Message d’une lectrice.

Comme il n’y a pas de mal à se faire du bien, comme on dit, je vous livre ici le message d’une lectrice prénommée Christiane :
« les livres de Maria Pia sont formidables et mon coup de cœur est pour son premier roman « De cœur et de sang » car il me parle beaucoup et est écrit avec beaucoup d émotion. « les Fantines « à retenu toute mon attention également, c est un véritable document qui apporte un éclairage sur les mères de naissance. Je pense qu il faut vraiment lire ces 2 magnifiques ouvrages en tant qu adopte ou adoptant ♥️.
Que dire du 3 e roman de Maria Pia, si ce n est qu il est incontournable et qu il me plaît beaucoup en tant que femme dans une société encore trop machiste et violente.
Merci infiniment pour vos œuvres pleines d émotion et de talent!!’

MERCI, CHRISTIANE !

Nouvelles (petites histoires)

Nouvelles (petites histoires)

Bonjour,
Vous aimez les nouvelles, ces histoires courtes, qui en disent parfois plus long qu’un roman lui-même ? Au fil des années, j’en ai écrit un certain nombre. Je me propose de vous les faire découvrir au fur et à mesure. Alors, à bientôt !

Mes deux premiers livres

Mes deux premiers livres

Bonjour.

Tout d’abord, je vais vous présenter mes deux premiers livres plus en détail :

De cœur et de sang

L’ouvrage est totalement autobiographique. Je vous laisse prendre connaissance de l’article écrit par Pierrette Epsztein paru dans le magazine « La cause littéraire » quelques semaines après sa parution en octobre 2016 :

Partir en quête d’une histoire cachée, un espace que des mémoires avaient pour une grande part enseveli, telle fut la bataille que Maria Pia Briffaut mena jusqu’à son terme sans céder à la tentation de la dérobade. Et c’est cette reconquête de ses territoires perdus autour de laquelle va se cristalliser toute son existence jusqu’à ce qu’une brèche déchire l’opacité de son histoire avec la certitude que quelque chose va advenir

À un moment de son existence, en consigner le récit devient pour elle une nécessité. Mais pas à n’importe quel moment. La mise en chemin vers l’écriture démarrera après bien des tribulations. Maria Pia Briffaut attendra le décès de ses parents adoptifs pour se lancer dans cette aventure.

Et surtout pas n’importe comment. Il lui faudra trier, éliminer, mettre en relief certaines étapes pour réussir à découvrir sa musique intérieure. Et c’est ainsi que naquit le livre De cœur et de sang, à la suite d’un travail acharné d’élaboration, de choix et de construction. Maria Pia Briffaut nous offre en partage un secret qui est constitutif de son identité, qui fait partie intégrante de sa personnalité, qui explique le mouvement de sa vie. Lisons-le avec l’attention qu’il mérite, il a beaucoup à nous apprendre.

Claude Burgelin, professeur émérite de littérature contemporaine à l’Université de Lyon-II-Louis-Lumière, que l’auteur cite dans son livre, nous donne une clef qui ouvre une porte à ce projet et à ses mystères : « Écrire, c’est vouloir renaître sous x. Risquer des mots, des phrases, des rythmes, enfanter de l’inconnu ».

Dans De Cœur et de sang, une question revient lancinante : « Qui suis-je ? » Tout le déroulement du récit est une tentative de réponse à cette interrogation qui taraude l’auteur. Il lui faudra se confronter à son histoire complexe et tourmentée pour pouvoir reconnaître son identité plurielle et l’accepter pour enfin trouver une certaine paix.

Le parcours de l’auteur ne se fait pas sans accrocs, il est constitué d’une suite interminable d’attentes et d’espoirs déçus. Le plus dur à accepter est la violence, la froideur et l’indifférence de l’administration qui engendre la colère.

Mais jamais le renoncement ne fut à l’ordre du jour, quitte à accepter de devenir une militante assumée dans une association jusqu’à accéder aux plus hautes responsabilités pour défendre ses convictions. Son engagement dans l’écriture va déplacer l’action militante vers un autre objet. Dans ce récit, inutile de traquer les jugements tranchants. Au fil du texte, nous allons assister à la révélation des moments d’une existence déroulée au fil des réminiscences, au fil de lueurs fugitives, au fil des allusions énoncées et non enregistrées, des invectives parfois cruelles. Oui, certes, il s’agit d’une enquête mais bien davantage d’une quête semée d’indices qui ne seront compris que dans l’après-coup de l’écriture.

L’autobiographie n’est pas une mise en scène obscène de son chemin de vie mais une mise en forme littéraire de son obsession. L’auteur a bien intégré cet avertissement. Dans De cœur et de sang, Maria Pia Briffaut tisse un réseau de fils qu’elle tire avec ses mots dans une recherche et une invention, une « autofiction » grâce à laquelle elle va reconstruire ailleurs, autrement, ses souvenirs, non pour s’en délester ou les fixer dans un définitif désespérant, mais pour les rendre vivants et vibrants. Ce récit n’a pas pour visée de restituer une réalité biographique. C’est un texte qui remonte des profondeurs. Il n’est, en fait, qu’une reconstruction littéraire qui nous dévoile un territoire poétique inattendu et assuré. Aucune naïveté dans ce projet, l’auteur nous avertit : « Peu à peu, le puzzle se reconstitue. Nous ne réussirons jamais à reconstruire le récit dans sa totalité. Il restera toujours des blancs ». Il s’agit plus pour l’auteur de remplir un manque, un vide, un creux, un trou, avec une grande économie de moyens, une recherche de rythme, de couleurs.

Les variations de tonalités, le climat de clair-obscur, la concision lui permettent de suggérer plutôt que de raconter, d’effleurer plus que de griffer, dans une démarche qui traque non pas une vérité absolue mais une vérité intérieure. Le texte avance au rythme de l’horloge interne de l’auteur. Cela donne à lire une écriture impressionniste, fragmentaire, résultat de flashes de mémoire, de trouées de lumière dans la monotonie des jours. Ce récit ne cherche pas le règlement de compte mais il chemine, au fil des pages, vers un apaisement. Et le lecteur ressent profondément, au détour de certaines anecdotes, une tendresse qui sourd vis-à-vis des êtres qui l’ont élevée.

Comment rendre compte d’une expérience initiale douloureuse sans tomber dans le mélodrame ? Comment la traduire en mots ? Comment préserver des espaces de silence ?

Nous cheminons avec l’auteur dans les méandres de son histoire. Nous suivons avec intérêt les étapes surprenantes d’un voyage initiatique avec des haltes, des escales où nous nous attardons, des accélérations, des graduations dans le déroulement, des variations dans l’intensité, des enfilades d’anecdotes joyeuses ou douloureuses, des épisodes insolites, des imprévus stupéfiants, des correspondances étonnantes, des hasards inespérés. L’émotion contenue est présente à fleur de mots.

Même si le sujet du livre concerne apparemment un public particulier et restreint, celui des enfants nés sous X, De cœur et de sangdéborde largement son projetinitial. Il n’a pas de destinataire univoque.

En effet, en tant que lecteur apparemment non concerné, pourquoi ce récit nous capte-t-il, malgré tout, avec une telle force ?

Cela est-il dû à la qualité de l’écriture ? Oui, sûrement. Mais pas seulement. Si ce livre nous empoigne et nous bouleverse, c’est parce qu’il aborde des interrogations existentielles qui concernent chacun d’entre nous. En effet, il interroge nos propres liens de filiation, nos propres attaches, nos propres indentifications. Et lorsque nous fermons le livre, nous restent en tête des questions primordiales : qu’est-ce qui nous est transmis ? quelles traces gardons-nous de notre héritage ? quels traits empruntés à notre lignée nous imprègnent ?

Nous savons depuis Freud que dans l’imaginaire de chaque enfant se construit un roman familial, celui de ses origines. Qu’en faisons-nous ? Claude Burgelin, cité par Maria Piat Briffaut pour clore son écrit, nous donne une ouverture possible : « Naître sous X, c’est être enfant de l’inconnu, enfant non reconnu, étrange cadeau des dieux. Un destin pesant ? En tout cas, un programme narratif chargé… Une destinée romanesque ? Elle peut être celle de chacun : même lestés d’un patronyme, il nous reste à chercher notre x originel ou original, les x qui s’entrecroisent en nous ». Comme un funambule, Maria Pia Briffaut va pouvoir atteindre l’autre rive sur le fil de l’équivoque.

Alors écoutons Maria Pia Briffaut et son refrain à la vie qui va, cette vie où elle s’est retrouvée passant ainsi de l’obscur à la lumière, retrouvant le maillon manquant dans la chaîne de la lignée : « Je suis la femme trois fois nommée. Qui est le double de Monique, Maria ? Maryse ou Maria et Maryse ? La valse des M est à trois temps et ses protagonistes tournent sans repos. Un M en avant, deux M en arrière. Un M pour chaque mère et chacune d’entre elles m’a aimée ». À la fin du livre, l’auteur aura intégré son histoire.

Ce chemin qu’elle a accompli nous invite à notre tour à ne jamais baisser les bras. Qui nous empêche de faire un pied de nez au destin qui nous est assigné ?

Les Fantines

l’accouchement sous X, une violence faite aux femmes

La presse sociale a bien accueilli cet ouvrage qui contient huit témoignages de femmes ayant accouché sous X.

Voici l’un de ces articles, celui du magazine « Lien social » :

L’exception française sur la sellette

Voilà un plaidoyer raisonné et raisonnable pour l’abolition de l’accouchement sous X. Bien des arguments tentent pourtant d’en défendre le bien-fondé. Eviter les infanticides ? C’est supposer que toute femme en difficulté avec sa grossesse serait une criminelle en puissance. Enrayer les abandons sauvages ? L’actualité nous montre qu’ils perdurent, malgré ce dispositif censé l’éviter. Empêcher la contestation de la légitimité des adoptions ? De plus en plus de parents adoptifs se prononcent pour le droit de leurs enfants à savoir d’où ils viennent. Libérer les femmes de l’assignation à la maternité ? Bien des féministes sont aujourd’hui sensibles à la question des origines et de l’identité. Les opposants à l’accouchement sous X reconnaissent à toute femme le droit de confier son enfant à l’adoption. Mais, ils veulent qu’elle ait vraiment le choix de laisser des informations identifiantes. Les témoignages livrés ici montrent des mères n’ayant pas pris leur décision en toute connaissance de cause, car laissées dans l’ignorance de cette possibilité (quand on ne la leur a pas cachée, pour mieux leur subtiliser leur bébé). Ils demandent aussi que tout enfant puisse (ou non), à sa majorité, prendre contact avec sa génitrice. Les nombreux exemples de médiation menée par l’association ADONX rapportés dans l’ouvrage le montrent : de la joie de se retrouver au refus d’être contacté, le panel des réactions est large. Mais cette interface proposée respecte toujours la volonté de chacun(e). Quant à la gratuité des soins, ils revendiquent qu’elle ne soit plus conditionnée au choix de l’anonymat par la mère, disposition incitant les plus démunies à préférer cette solution. Ce que l’on ne comprend toujours pas, en fermant la dernière page, c’est pourquoi la France est l’un des rares pays à conserver cet archaïsme ?

Jacques Trémintin

Suzie

Suzie

EN CADEAU :

pages supprimées avant édition de « Elle l’a bien cherché »

Lorsque j’ai terminé l’écriture de « Elle l’a bien cherché » en décembre 2020, le livre comptait environ 250 pages. Il n’en fait plus qu’une centaine, après édition… Pourquoi ?

Je m’étais lancée dans la rédaction de souvenirs sur mon amie d’enfance que j’ai appelée « Suzie ». Je narrais des souvenirs d’enfance, nos premières années de jeunes adultes. Et surtout, je parlais de sa maladie et de sa mort.

Par souci d’hétérogénéité, j’ai supprimé toutes ces pages, ne gardant que ce qui concernait la séquestration et le face-à-face avec Roger, mon geôlier.

Cependant, je pense que ces pages sur mon amie peuvent intéresser certains d’entre vous.

C’est pourquoi je vous en livrerai certaines. Vous me direz si elles éveillent votre curiosité et si vous désirez en savoir plus.

Commençons par une présentation de Suzie et moi, adolescentes :

Je n’ai pas été une adolescente gracieuse et en ai longtemps été complexée. Au contraire de certaines de mes amies d’enfance et, en particulier de Suzie, ma meilleure copine qui a très tôt tourné les têtes. Dès ses treize ans, Suzie en paraissait seize ou dix-sept. Je me souviens d’une photo, prise à la plage,  l’été de sa quatorzième année. Les regards des vacanciers allongés sur leurs serviettes de bain se tournaient vers cette grande jeune fille, très jolie, en maillot de bain deux pièces et que l’on devait croire d’âge à passer le baccalauréat. Je l’enviais. Je me jugeais potelée à l’époque de la mode des filles minces en minijupes. Au même moment, s’étalaient dans des revues féminines des photos du mannequin anglais Twiggy. Cette jeune personne pesait à peine quarante-cinq kilos pour  un mètre soixante-dix. Les magazines prétendaient qu’elle ne mangeait qu’un yaourt et une pomme par jour. Suzie béait d’admiration devant l’allure androgyne de Twiggy.

Je vais suivre le même régime qu’elle, décida-t-elle un jour. J’étais sceptique. Impossible de se contenter de si peu de nourriture, je n’avais même pas le courage de tenter l’essai. Suzie commença à picorer comme un moineau. Si elle ne parvenait pas à se borner à un fruit et un laitage par jour, elle résistait tout de même courageusement aux appels de son estomac frustré. Certains jours, elle était pâle. Parfois, la nuit, rongée par la faim, elle craquait, se levait dans l’obscurité, descendait piller le réfrigérateur. Cependant, elle est parvenue à afficher au bout de quelques semaines une silhouette toute mince. Pour imiter Twiggy, des jeunes filles allaient s’affamer et quelques-unes n’y survivraient pas. Des voix s’élevèrent pour condamner la notoriété du top-modèle.

Bien que l’héroïne ne soit pas Suzie mais une copine d’enfance, Lucette, je ne résiste pas au plaisir de vous narrer l’anecdote du « Ver solidaire »…

Un jour où je sors de la ferme, le bidon de lait à la main, Lucette se précipite vers moi, toute joyeuse, et, dans son enthousiasme, manque me bousculer. Je tiens avec prudence le récipient à bout de bras, hors de sa portée. Elle me le désigne d’un geste. 

─ C’est pour le ver solidaire, le lait ?

─ Quoi ? quel ver ?

Ses yeux brillants de fierté, Lucette annonce que son frère l’a,  le ver solidaire.

─ C’est quoi, le ver solidaire ?

Je n’en ai jamais entendu parler.

─ Un grand ver qui vit dans le ventre ! Mais un très grand, grand comme un serpent, un grand serpent, un pitou ! En tout cas, il l’a, le ver !

Cela me paraît invraisemblable, le  pitou n’aurait pas la place pour vivre et bouger et puis je se méfie des inventions de Lucette. 

─ Tu racontes des histoires, ça n’existe pas ce truc-là !

─ Si, le docteur l’a dit, il a un ver comme ça dans son ventre, mon frère. Mais le docteur va le faire sortir.

Une main sur la hanche, je me penche :

─ Et comment ? Comment il va sortir, le ver ?

─ Facile. Ma mère va mettre un bol avec du lait sur la table, mon frère y va se mettre au-dessus, y va ouvrir la bouche, le ver solidaire va sentir le lait.

J’ai un haut le cœur. Lucette  marque un temps d’arrêt et savoure ma grimace. 

─ Et alors, il va remonter du ventre de mon frère dans sa gorge, sortir la tête par sa bouche pour boire le lait. Et alors, le docteur va le prendre avec une pince, et tirer. Et voilà ! c’est simple.

Je me sens mal, la tête que je fais récompense Lucette. Je regarde, écoeurée, le bidon de lait, la bile me remonte dans la gorge.  Pourvu que je n’attrape jamais le « ver solidaire.»

’ai déjà connu de mémorables dégoûts dans  la cuisine de la ferme où je patiente parfois pendant que la fermière va chercher le lait ou les œufs que ma mère m’a demandé de rapporter. Il m’est arrivé, en levant les yeux, de fixer au plafond des rubans de papier tue-mouche qui pendent, couverts d’amas noirs et gluants ou, pire, de voir sur la toile cirée de la cuisine  se trainer de grosses mouches bleues avec, aux extrémités de répugnants asticots blancs qui se tortillent. Le récit de la sortie du ver solidaire, s’il me répugne, ne m’étonne pas vraiment.

Si ces quelques éclats arrachés aux pages supprimées de « Elle l’a bien cherché » vous intéressent, je vous en livrerai d’autres. A bientôt.

Maria Briffaut