Mises en relation entre les acteurs de la naissance sous X – Un domaine sensible.

Mises en relation entre les acteurs de la naissance sous X – Un domaine sensible.

Bonjour à toutes et à tous,

Comme vous le savez, je suis depuis bien longtemps présidente d’une association de personnes nées sous X (l’ADONX). Au cours de mes années de militantisme, j’ai réalisé des mises en relation entre des acteurs de la naissance sous X qui s’étaient retrouvés : des nés sous X ayant retrouvé l’un de leurs parents biologiques ou quelqu’un(e) de leur fratrie, mères ayant accouché dans l’anonymat qui souhaitaient reprendre contact avec l’enfant abandonné.
Que m’a appris cette pratique ?
J’ai probablement été la première à réaliser ces mises en contact. Un cabinet de médiation, animé par des médiatrices professionnelles, dont Armelle DELABRE, a repris cette activité novatrice. Un grand merci à elles toutes.
Mon second ouvrage, intitulé « Les Fantines, l’accouchement sous X, une violence faite aux femmes » a tiré les enseignements de ce domaine de la médiation inexploré jusqu’en 2015 en ce qui concerne plus particulièrement celles que l’on nomme les mères de l’ombre. Huit d’entre elles ont témoigné dans les Fantines.

Il me semble que les deux maîtres mots de ce type de médiation sont respect et patience. Le contact entre ceux qui ont cherché et retrouvé et ceux qui ont été retrouvés ne se fait pas en un jour. Et souvent même pas en un mois, parfois même pas en une année. Le temps apaise, permet la réflexion, dénoue les blocages.
Le respect de chacun des protagonistes implique une prise de contact par la médiatrice particulièrement prudente et progressive. Le domaine est sensible et délicat. Certaines mères contactées ont enfoui depuis longtemps le douloureux souvenir de l’abandon, quelle qu’en soit la raison, de l’un de leurs enfants. Le chagrin, violent, remonte à la surface lors du premier contact. Souvent, elles craignent que la famille qu’elles ont construite finisse par apprendre qu’elles ont laissé un enfant à l’adoption.
En premier lieu, les rassurer sur ce point.
Il faudra adapter la suite de la médiation à leurs réactions. Qui sont extrêmement diverses. Certaines seront heureuses d’apprendre qu’elles ont été retrouvées, c’est un soulagement pour elles. D’autres seront effrayées par les conséquences possibles sur leur vie actuelle.
Rassurer et étaler dans le temps les contacts entre la médiatrice et la mère de naissance. Certaines mises en relation aboutissent à un contact entre la mère et le né sous X… au bout de 2 ou 3 ans.
Lorsque la mère a accepté le fait d’avoir été retrouvée, elle se montre ouverte à la possibilité de recevoir un ou plusieurs courriers de la part du né sous X, puis de communiquer par l’intermédiaire du teléphone et, enfin, un jour (proche ou lointain) de le rencontrer, de lui faire connaitre la famille qu’elle s’est construite.
Il existe, bien entendu, des échecs. Des rencontres qui n’auront jamais lieu. Mais, avec le temps, une bonne partie de ces échecs se transformera en réussites. Rien n’est jamais perdu. Et, avec suffisamment de respect et de patience, l’on peut espérer que le travail de « renouage » s’enclenche.
Une étude officielle, l’étude ASDO, postée sur le site du CNAOP (Conseil national d’accès aux origines), souligne que le bien-être de ceux qui se sont retrouvés, mères, pères et nés sous X, augmente très sensiblement. Le jeu en vaut donc la chandelle.

Contrairement à l’idée reçue, les médiations entre les mères de naissance ayant retrouvé le né sous X et le né sous X lui-même connaissent un taux d’échecs réel plus élevé que dans le cas précédent… Cette situation étant sans doute due à un état d’esprit négatif de l’abandonné envers une mère qu’il considère comme défaillante, même si de nombreuses circonstances peuvent expliquer le fait que la mère n’ait pas été mesure d’assumer cet enfant.

Je vous en parlerai plus en détails une autre fois.
A bientôt.
Maria Pia

de Lulae Autrice

de Lulae Autrice

Bonjour,
Lulae Autrice est née sous X. Elle écrit, de la poésie souvent. Je vous fais découvrir l’un de ses derniers textes qui parle de retrouvailles et de bonheur : « Je suis une amoureuse des mots, dansant au fil des jours qui fuient et des nuits qui apaisent. J’appréhendais mes vingt-sept bougies qui menaçaient comme si je craignais de vieillir, alors que d’aucuns vous assureraient bien aisément que la mort ne m’effraie pas. L’abandon est une prison qui m’enchaîne depuis ma naissance et qui me hante à chaque pas de chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
Avant, j’avais peur de l’engagement, mais il semblerait que depuis quelque temps, ce soit l’amour lui-même qui me tourmente. J’aime pourtant plus que de raison ces huit êtres partageant mon sang et qui encensent ma vie depuis maintenant plus d’un an. Leur existence me paraît encore parfois si irréelle…
Jusque-là, je pensais traduire les pensées des cœurs, on me remerciait de poser des mots sur des maux et de me montrer capable de décrire les sentiments de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde dans mes romans. Qu’il m’est absurde, aujourd’hui, de songer à l’amour de jadis, lorsque j’affronte pour la première fois de ma vie la merveilleuse magie du miroir génétique.
Je n’étais de nulle part, je n’avais pas de nom et mon histoire était une illusion. Désormais, je peux enfin être vraie, être moi, avec toutes mes fêlures et mes victoires. Parce qu’à présent, je sais qui je suis et d’où je viens. »

MERCI LULAE AUTRICE pour ce beau texte qui exprime si bien la joie de ceux qui, même s’ils sont nés sous X, ne mourront pas sous X, et connaissent désormais leur identité !

Procès judiciaire en cours

Procès judiciaire en cours

En septembre 2018, j’ai attaqué l’ex-directeur de l’hôpital Jeanne de Flandre de Lille devant le Tribunal judiciaire. Il est accusé de « Faux en écriture par personne ayant autorité publique ». La peine encourue peut aller jusque quinze années de prison…

Quels sont les faits ? Vous les découvrirez dans les deux vidéos, l’une de BFM-TV, l’autre de FR3 Nord. Je vais cependant vous en donner un résumé écrit :

Au début des années 2000, j’ai réclamé comme j’en avais le droit, mon dossier de naissance à l’hôpital Jeanne de Flandre de Lille qui l’avait archivé. Il m’a été répondu par écrit que ce dossier avait été passé au pilon. J’ai insisté mais la même réponse m’a toujours été faite. 

Lorsque ma famille biologique m’a retrouvée en 2010, j’ai écrit un nouveau courrier à cet hôpital. Et ô surprise, le dossier détruit m’a été envoyé en entier avec les coordonnées de ma mère de naissance…

Il s’est trouvé qu’à l’époque où je réclamais ce dossier, ma mère de naissance réclamait elle aussi par écrit ce dossier de façon à pouvoir me retrouver. Elle n’avait pas voulu me laisser en adoption et avait été victime d’un abandon forcé. Elle n’avait jamais renoncé à me revoir un jour. 

Lorsque ma famille m’a contactée, elle était décédée depuis six mois… L’hôpital nous a donc séparées à jamais. 

C’est à sa mémoire que je dédie ce procès. La justice a le dossier entre les mains. J’ai confiance en elle.

Voici un autre lien vers un article publié récemment dans Ouest-France

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/challans-85300/challans-plus-de-quinze-ans-apres-maria-briffaut-raconte-son-agression-dans-un-livre-14057476-1ec7-11ec-9081-ae76e8026b03

Maria Briffaut