Petite histoire offerte aux lecteurs (genre thriller)

par | Jan 12, 2022 | petites histoires | 1 commentaire

Il y a déjà bien longtemps, je m’étais mise dans la peau d’un tueur pour un magazine… Je vous livre aujourd’hui cette histoire écrite à la première personne… mais qui est, bien entendu, une totale fiction.
Peut-être pourrez-vous réagir et écrire un commentaire ?

« Ma mémoire
Un livre à l’écriture tourmentée

Mon caractère
Trempé à l’encre noire de la désolation et de la rage

Mon cœur
Une jungle sauvage qui abrite les fruits vénéneux de la jalousie

La haine est mon royaume. Je ne peux pas tourner la page.

Je suis un hypocrite. Je voile ma rancœur d’un sourire.

Je n’aime pas les bêtes.
Enfant, j’ai eu la chance de noyer une portée de chatons de la ferme voisine. Je les ai arrachés à leur mère impuissante et les ai jetés dans le grand seau où l’on recueillait l’eau de pluie. Je les ai vus se débattre, saisis par le froid, je les ai vus lutter jusqu’à la limite de leurs faibles forces. Leurs petites pattes se sont ensanglantées sur le rebord glissant du piège mortel où je les avais précipités. L’eau étouffait leurs appels mais j’étais heureux de savoir qu’avant de se fermer à jamais, leurs yeux de nouveaux-nés avaient regardé en face la cruauté humaine. La chatte les a cherchés longtemps.

Je hais les petits enfants.
En l’absence de témoin, il m’est arrivé d’en mordre un ou deux dont on m’avait confié la garde. Leur peau sent le lait. Je n’aime pas l’odeur du lait, écoeurante comme un parfum de femme. Je n’ai pas mordu trop fort pour ne pas laisser de marques. Les petits ont crié cependant et leurs cris me rendent fou de colère. Je ne peux souffrir que leurs bouches s’écartèlent sous la puissance du chagrin. Leurs clameurs font couler dans mes veines un ruisseau de violence.

Je dois me surveiller.
Réfréner la frénésie destructrice qui m’inonde à intervalles réguliers.
Dans ma jeunesse, j’ai tenté d’en venir à bout par les prières, le raisonnement, la relaxation, le contrôle de ma respiration, que sais-je encore. Vœu présomptueux. Les flots de la colère sont si puissants qu’aucun barrage forgé par la volonté n’a la force de les contenir. Parfois, je me cingle les jambes jusqu’au sang. Je mords le sol et m’emplit la bouche de la terre au goût de fiel.

Mon ventre est noué par des émotions contraintes. Je ne connais pas l’amère délivrance des larmes. Ma respiration est douloureuse, ma poitrine oppressée. Mon allure porte à rire mais je suis habitué aux moqueries. Si je marche courbé, c’est sous le poids du ressentiment. Si je rase les murs, c’est pour ne pas être tenté de frapper les passants. On rirait moins si on connaissait le fond de ma pensée.

Je prends l’autobus tous les matins pour me rendre sur mon lieu de travail. Il m’arrive de voyager en compagnie de jeunes qui vont au Lycée. Ils sont bruyants, remuants, pleins de gaieté. Je ne regarde pas les jeunes filles aux gestes libres et gracieux qui rient de toutes leurs dents, sans retenue. Elles ont l’avenir devant elles.

Mon employeur ne m’aime pas, bien entendu. Mais je travaille vite et bien, il me tolère. Je suis consciencieux à l’excès pour qu’on ne me reproche pas d’occuper la place de quelqu’un qui serait plus propre, mieux habillé, plus normal enfin. Plus aimable à tous. Mes collègues ne me gênent pas, ils m’ignorent. Je leur souris hypocritement et ils passent leur chemin. C’est bien ainsi. Je ne supporte pas que l’on me traite avec gentillesse. Le venin de la guêpe enlisée dans le pot de miel se dilue vainement dans le piège sucré.

Un jour, j’accomplirai mon œuvre dans l’ombre.
J’ai repéré la petite. Elle a six ans environ. Sa famille l’adore. Je les croise parfois, sa mère et elle, sur le chemin de l’école. Je leur souris pour tromper leur confiance. La petite chantonne souvent. Dieu l’a faite si mignonne et si aimable. Mais il m’a fait aussi. Que sa Justice règne sur la terre comme au ciel. J’étranglerai l’enfant avec les rubans multicolores que sa mère noue au bout de ses tresses.

D’abord, quand je tiendrai dans mes bras son corps ferme d’enfant bien nourrie, je mordrai à pleines dents dans sa peau tendre. De mes griffes, je creuserai sur son minois de profonds sillons ensanglantés où s’épanouira la fleur rouge sang de la mort violente. J’enfoncerai dans sa gorge de pleines poignées de notre mère la terre. Qu’elle en savoure l’âcreté avant d’y être ensevelie.

Cette enfant n’aura pas d’avenir. Elle et moi n’avons pas d’avenir. Pas plus d’avenir que tous les laissés pour compte de la vie, innocents ou coupables. Ceux qui désiraient tant et qui n’ont rien obtenu. Ceux qui ont été jetés aux orties.

La douleur blanchira ses parents avant l’âge. Je forme le vœu que le chagrin et la rancœur dessèchent leurs cœurs. Qu’eux non plus ne puissent jamais tourner la page. »

Voila ! Votre ressenti ? Je précise que, personnellement, j’adore les bêtes et les enfants ! Ce n’est qu’une fiction, un essai d’écriture de thriller. A vos plumes !

Author: Maria Briffaut

1 Commentaire

  1. Christiane paligot

    C est bien écrit, vous expliquez bien les sentiments de colère et de rage de cette personne qui la conduisent à la destruction et à la haine, malgré une partie d elle même qui lutte .
    Vous décrivez bien le psychisme d un individu tellement blessé par la vie qu il ne peut être habité que par une force destructrice incontrôlable.

    Réponse

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