Une famille unie : Nouvelle sur la thème des frères et soeurs !

par | Avr 22, 2022 | maria écrit | 1 commentaire

Voici pour vous une nouvelle sur le thème de la fratrie : J’espère qu’elle vous plaira. Vous pouvez laisser un commentaire !

 

 

Une famille unie

Une famille unie. Comme il n’en existe plus. Voilà ce que nous sommes. Aucun d’entre nous, fille ou garçon, n’a jamais quitté notre mère.  Bienheureuse, la femme qui garde près d’elle tous ses enfants.

Elle prend soin de nous six, même si ma sœur aînée, Violette,  frôle la trentaine. Moi, je suis Eglantine et les jumeaux, Rose et Narcisse, précèdent de peu notre frère cadet, Florian, qui vient d’atteindre ses vingt ans. Marguerite est la plus jeune, dix-sept ans et quelques mois.

Notre mère, vous l’avez deviné, s’est de tout temps adonnée avec passion au jardinage. Elle adore les fleurs, d’où le choix de nos prénoms. Son cœur de mère est fier de nous. À juste titre, à mon avis. Ce n’est pas que je veuille faire preuve de présomption ou d’arrogance, mais j’entends si souvent notre mère se féliciter d’avoir engendré de si beaux enfants que je finis par oublier quelque peu mon devoir de modestie.

Marguerite fréquente encore le lycée. Un peu rebelle, elle ose parfois défier notre mère. Elle est bien la seule. L’adolescente n’a jamais le dernier mot, car notre mère sait faire preuve d’autorité.  Alors, on entend Marguerite protester de sa voix aiguë et claquer avec colère ses talons sur le carrelage. Elle finit toujours par céder et rentrer dans le rang.

Notre mère n’a plus de mari,  notre père l’ayant quittée peu après la naissance de Marguerite. Notre fratrie est sa consolation. Je suis comblée, répète-t-elle souvent.  Bienheureuse. Chacun d’entre nous se réjouit du bonheur qu’il lui procure, même Marguerite dans son insouciante jeunesse.

À chacun de nos anniversaires, notre mère nous offre un cadeau approprié. Marguerite a droit, en plus, à son gâteau préféré, une pièce montée à deux étages, une pure gourmandise dégoulinante de chocolat. C’est de son âge. Ses camarades du lycée viennent l’aider à le dévorer. Ces jeunes personnes piaillent à qui mieux mieux et se déplacent avec vivacité, faisant siffler l’air autour d’elles. De véritables petites tornades. Sans compter les ondes sonores de leurs morceaux de musique préférés qui déferlent en vagues hurlantes  pour nous infliger un supplice raffiné. Je ne sais pas comment notre mère peut les traiter  avec tant d’amabilité et de douceur. Cependant, je l’entends soupirer d’aise lorsqu’elle referme la porte derrière elles. Mais elle ne veut pas contrarier Marguerite.

Celle-ci est la seule d’entre nous à avoir des amis. Nous, ses aînés, nous suffisons à nous-mêmes. Entre frères et sœurs, nous nous comprenons et nous soutenons les uns les autres, sans faillir.

Je suis pleinement satisfaite de notre vie familiale même si l’unité affichée se fissure parfois. Les garçons se plaignent rarement, mais il arrive à Violette de se montrer boudeuse et de mauvaise humeur. Je la trouve un peu aigrie. Étant la plus âgée d’entre nous, c’est elle, bien sûr, qui aurait pu quitter la maison la première. Regrette-t-elle la vie qu’elle n’a pas eue ? Aurait-elle voulu un mari ?

Pourtant, il suffit d’écouter notre mère raconter son mariage, et elle ne s’en prive pas,  pour comprendre ce que le célibat nous épargne, Violette devrait le comprendre. Une femme au foyer qui n’avait pas droit à la parole, voilà ce à quoi notre père l’avait réduite. Longtemps, elle a dû lui obéir au doigt et à l’œil, n’ayant pas les moyens économiques de se rebeller.  Elle aurait été capable d’étudier et d’exercer un métier, mais elle s’est mis la corde au cou si jeune. Et jeter au monde de si nombreux enfants, comme autant de graines au vent, est-ce une vie ? Notre père n’approuvait pas le contrôle des naissances. Il avait transformé notre mère en pondeuse. Voilà le destin auquel échappent ses filles.

Rose et Narcisse ne disent pas grand-chose. Toujours ensemble, ils chuchotent à longueur de journée et partagent des secrets, comme les vrais jumeaux qu’ils sont. Cela suffit à leur bonheur.

Florian est très discret. On ne l’entend pas souvent. Rien à craindre de ce côté.

Les choses seront sans doute différentes avec Marguerite, si active et délurée. Elle ne nous ressemble guère. D’un caractère indépendant, elle ne reste jamais en place, elle. Voudra-t-elle un jour quitter notre famille ? Peut-être même, souhaiter se marier ? Je me demande quelle serait la réaction de notre mère. Elle en concevrait un immense chagrin.

Notre mère reçoit parfois de la visite. Des voisines. Elle les invite à prendre le café, confectionne elle-même de délicieux biscuits. Les voisines viennent la voir la journée, pendant que Marguerite est en cours, mais notre mère garde pour sa fille cadette une pleine assiette de douceurs. Cette petite est si gourmande.

Les voisines parlent de nous, les aînés, en bien. Elles n’ont jamais rien à redire et nous complimentent sans retenue. En ce qui concerne Marguerite, elles la trouvent bien mignonne, mais un peu  turbulente. « Travaille-t-elle toujours bien en classe ? » demandent-elles. Notre mère, fière, acquiesce.

Marguerite étudie avec sérieux. Notre fratrie a suivi ses progrès depuis son plus jeune âge, lorsque notre mère, près de nous tous réunis, lui faisait réciter son alphabet. Nous avons écouté avec ravissement la voix maternelle lire à l’enfant ses premières histoires. Notre mère nous a régalés, nous aussi, de jolis contes qu’elle nous chuchotait le soir avant le coucher du soleil.  Mais pas autant que pour Marguerite, loin de là. Il faut dire que la petite adorait ces moments de complicité avec notre mère, assise sur ses genoux, et qu’elle la sollicitait avec insistance, courant tous les soirs chercher son ouvrage préféré du moment.

Beaucoup plus tard, nous avons écouté notre sœur cadette répéter à voix haute les pièces de théâtre jouées par les élèves de son collège. Notre mère lui donnait la réplique. Nous avions fini par connaître par cœur certains passages et nous nous les récitions, une fois Marguerite couchée. Nous y mettions tout notre cœur et Rose, en particulier, se prenait au jeu, prétendant avoir un talent inné de comédienne. « J’aurais pu être actrice », assurait-elle. Cela déclenchait nos rires et les moqueries de Florian. Rose, alors, faisait la tête. Silencieuse, elle paraissait éteinte. Pendant quelque temps, les regrets l’étreignaient. Elle avait ses humeurs, comme Violette, décidément les filles… Concluait Florian, sarcastique. Narcisse s’efforçait de consoler sa sœur jumelle.  Il était vraiment proche d’elle et, de toute manière, le naturel de belle plante pleine de vie de Rose reprenait vite le dessus.

À présent, notre jeune sœur prépare le baccalauréat. Elle réussira. Elle fréquentera l’université la proche de notre ville, a décidé notre mère. Ce qui lui permettra de prendre ses repas à la maison et de continuer à y dormir. À y vivre. Ce sera économique et, surtout, notre fratrie ne sera pas séparée.

 

Mais le temps a passé… Le soleil s’est levé, le soleil s’est couché. À l’horizon, les nuages se sont amoncelés. Les choses ont changé…

 

Marguerite a passé son examen avec succès. Avec une mention, nous a crié notre mère, et nous avons vibré de joie. Elle l’a dit aux voisines et aux commerçants, l’a murmuré aux arbres et aux oiseaux du ciel. Si fière. Elle a confectionné un fraisier, invité les amies de sa fille. Ces demoiselles ont bu une coupe de champagne. Félicité.

Puis, un soir, Marguerite a voulu lui parler. Hésitante, elle annonçait quelque chose d’important. Nous, ses frères et sœurs, nous inquiétions sérieusement, car nous avions saisi la tension dans le son de sa voix. Violette a affirmé tout bas que notre sœur craignait la réaction de notre mère. Mauvais présage. Les jumeaux se sont agités, je frissonnais à la brise du crépuscule tombant.

Marguerite s’octroyait une année sabbatique. Elle n’irait pas à l’université, elle partait travailler à New York avec une de ses amies. Elles seraient colocataires, tout était décidé, selon elle. Dans peu de temps, elle aurait quitté la maison. D’ici là, elle serait majeure.

Ce soir-là, notre mère n’a rien dit. Elle n’a pas fait d’objections. Elle prenait le temps de réfléchir. Marguerite était partie se coucher, rassérénée, délivrée de la peur de la réaction maternelle.

Nous étions retournés. Cette fois, Florian donnait de la voix. Il blâmait Marguerite. J’étais révoltée par l’ingratitude de notre sœur cadette. Rose ne savait sur quel pied danser. De stupéfaction, Narcisse restait muet. Violette, seule, trouvait quelques excuses à la conduite de la petite.

⸻ Elle veut vivre un peu, disait-elle, n’est-ce pas naturel ? Plus tard, dans un an ou deux, elle reviendra, c’est certain, elle ne peut nous oublier, notre mère et nous.

Mais Florian, en proie à une colère froide, a tiré une conclusion glaçante de la conduite de Marguerite :

⸻ C’est un départ sans retour. A vingt ans, mon âge !  Elle sera installée loin de nous et de notre mère. Ne pas nous oublier ? Elle ne s’adresse jamais à nous directement, Violette, tu le sais bien. On dirait qu’elle nous snobe ! Non, nous ne la reverrons pas.

Un silence consterné a suivi ce verdict sans appel. Après un instant, j’ai émis l’hypothèse que notre sœur pourrait peut-être même souhaiter se marier. Violette a doucement gémi.

Notre fratrie serait-elle bientôt désunie ?

⸻ Ce n’est pas concevable, a alors supposé Rose, notre mère parviendra sûrement à la faire changer d’avis. Elle est assez forte pour cela.

Sans nul doute. Notre mère a toujours eu plus d’un tour dans son sac. Cette perspective nous a quelque peu rassurés.

Quelques semaines ont passé pendant que Marguerite préparait gaiement son départ. Elle ne souffrait pas du tout à l’idée de notre séparation prochaine. Elle faisait gaiement sa valise. En chantonnant, elle triait ses vêtements, ne gardant que quelques jeans, tee-shirts, pulls et pantalons. Et son petit ours en peluche, celui qui a bercé ses nuits d’enfant. « Nounours, tu vas voyager et tu vas connaître l’Amérique avec moi », lui a-t-elle confié, les yeux brillants,  en l’embrassant sur son museau pelé. C’est notre mère qui nous l’a dit, le cœur serré. Elle a aidé sa fille dans ses préparatifs.

Au début, elle a bien tenté de la détourner de son funeste projet, lui dépeignant les dangers de la vie à l’étranger, la solitude qui l’attendait, son ignorance des mœurs américaines. Elle l’a suppliée de prendre en compte sa légitime angoisse de mère.

Rien n’y a fait. Alors, elles en sont venues à se disputer. Les ordres ont succédé aux conseils et aux mises en garde. Des paroles dures ont été prononcées. Un pur exemple de désunion familiale, à notre grande douleur.

Puis, notre mère, impuissante à contrer la volonté de sa plus jeune fille, la plus gâtée de ses enfants, a fini par céder, l’aidant à emballer ses affaires. Marguerite a vidé son compte épargne qui, à vrai dire, ne contenait pas grand-chose et notre mère a ajouté la différence pour l’achat du billet d’avion et l’avancement des premiers frais d’installation à New York. Marguerite devait y chercher un emploi dès que possible, optimiste quant à ses chances d’y parvenir à bref délai.

Florian et Narcisse, dégoûtés par la démission de notre mère, ont fini par la critiquer, elle aussi, dès qu’elle avait le dos tourné. Florian prétendait s’être douté qu’un jour, notre sœur nous abandonnerait. Notre mère a fait preuve de trop d’indulgence envers elle, sifflait-il. Elle a été bien plus sévère envers nous. Marguerite a été la seule à bénéficier d’une telle clémence. Et pour quel résultat ? Ah, le laxisme a de belles conséquences !

Je ne parvenais pas à croire que nous ne serions plus que cinq des enfants de notre mère à rester près d’elle. Une branche arrachée à notre famille.

Le jour du départ a approché. Un grand froid me saisissait à cette idée. Les autres se taisaient, maintenant, résignés. Chacun assumait son chagrin comme il le pouvait.

Notre mère a organisé un déjeuner d’adieu. Les amies de Marguerite et les voisines ont partagé un dernier repas avec notre sœur cadette, épanouie. Elle a reçu des cadeaux, la petite sotte. Elle nous abandonnait sans scrupules et on la récompensait. Je ne comprenais pas le monde. Au moment de la séparation, les embrassades larmoyantes ont provoqué notre agacement. J’entendais Florian marmonner rageusement.

En fin d’après-midi, Marguerite a reconduit sur le seuil la dernière de ses camarades. Sa meilleure amie, en fait. Ce n’était pas avec elle qu’elle s’installait à New York. Elles se sont étreintes plusieurs fois, se jurant de rester quotidiennement en contact, et leurs adieux auraient presque fini par m’attendrir si je n’avais pas été aussi fâchée contre ma petite sœur. Nous avons tous des moments de faiblesse. Elles s’enverraient des messages tous les jours par téléphone portable interposé, paraît-il. À ma naissance, cet appareil n’existait pas. Dieu merci, ma fratrie et moi n’avons pas besoin de ce gadget moderne pour rester en contact les uns avec les autres.

Puis, Marguerite a aidé notre mère à débarrasser la table, à tout ranger et à nettoyer avant de s’installer au jardin pour profiter de leur dernière soirée ensemble, dans la tiédeur du soir d’été.

Notre jeune sœur assurait notre mère de son affection filiale. Elle l’appellerait régulièrement. Si elle avait besoin de quelque chose, elle n’hésiterait pas à lui en faire part. Mais il fallait que notre mère cesse de s’inquiéter. Marguerite était en mesure de prendre soin d’elle-même. Notre mère acquiesçait docilement et nous nous agitions.

Finalement, notre mère a préparé une tisane pour permettre à sa fille de bien dormir et d’être en forme pour le lendemain.

⸻ Une boisson qui réduira le stress et te permettra de te reposer, tu auras une longue journée fatigante demain, lui a-t-elle dit.

Marguerite, sa tisane bue, est montée se coucher.

Nous, ses frères et sœurs, avons eu du mal à nous calmer. Longtemps, nous avons chuchoté tristement. Quand la lune, cette nuit-là aussi ronde qu’une femme enceinte, a étalé sa plénitude dans le ciel, nous avons enfin cédé au sommeil, affligés. Le lendemain, notre famille serait désunie.

Le jour s’est levé, sans bruit. Le silence a régné pendant que le soleil teintait l’horizon en rouge sang. Éveillés, nous nous sommes étonnés. Marguerite n’aurait-elle pas dû descendre ses bagages ? À grand bruit, sans aucun doute. Un taxi devait venir la chercher et la conduire loin d’ici, vers l’avion qui l’amènerait en Amérique. Nous n’avions rien entendu.

En fin de matinée, notre mère a quitté la maison. Rentrée deux heures plus tard avec un sac de courses, sans s’occuper de nous, accroupie dans le jardin, les mains dans la terre, elle a travaillé. Nous n’avons pas posé de questions. Après tout, elle a toujours adoré le jardinage.

Nous avons retrouvé la banalité de nos conversations fraternelles, discutant du beau temps et de la pluie, de la brise d’été et de la rosée du matin, faisant mine de ne pas prêter attention aux pleurs étouffés que nous percevions parfois, non loin de nous. Mieux valait faire la sourde oreille. Aucun d’entre nous n’avait envie de questionner notre mère.

Quelques jours plus tard, une voisine est passée prendre le café à la maison. Elle s’est étonnée de ne pas avoir vu notre sœur partir en taxi, le jour du départ.

⸻ Eh bien, oui, vous avez raté cet évènement, lui a répondu notre mère avec désinvolture, voulez-vous voir le dernier courriel de ma fille ?

La voisine voulait bien. Les talons de notre mère ont claqué fermement, elle est allée chercher son téléphone portable pour satisfaire la curiosité de la voisine.

Septembre s’est annoncé. Un soir, la meilleure amie de Marguerite est venue sonner à la porte. Elle s’étonnait de la fadeur des messages de son amie. En outre, elle ne parvenait pas à la joindre par téléphone.

⸻ Elle est très occupée, lui a dit sèchement notre mère. De plus, elle a des amis new-yorkais, des amis branchés, elle préfère couper un peu les ponts avec ses camarades de naguère. Ses amies D’ENFANCE, comprenez-vous, ma petite ?

L’ex-amie de Marguerite a tourné les talons, les lèvres pincées, nous a raconté notre mère en pouffant.

Les feuilles se sont détachées des arbres et, un soir, deux hommes ont fait irruption dans la maison. Des policiers. C’est ainsi qu’ils ont justifié leur inqualifiable conduite auprès de notre mère. Ils avaient soi-disant quelques questions à lui poser. En fait, ils en avaient des tombereaux, de questions. « Ils m’ont proprement cuisinée », nous a-t-elle confié, indignée. Nous, ses enfants, avons souffert du traitement indigne qui lui avait été infligé.  Une femme qui est aux petits soins pour sa famille.

Le pire s’annonçait. Un jour, on est venu chercher notre mère. Elle a disparu de notre vie plusieurs jours durant. Elle est revenue, mais pas seule. Des dizaines de personnes inconnues l’accompagnaient. Les voix se croisaient, des ordres secs fusaient en tous sens. Nous pouvions percevoir les sanglots de notre mère. La terreur nous paralysait.

Puis, offense suprême, la terre du jardin chéri de notre mère a été retournée. Des cris ont jailli. Un froid glacial m’a transpercé les os pendant que l’on arrachait des entrailles de la Terre mon petit squelette, m’infligeant une souffrance infinie. Le même traitement a été appliqué aux restes de mes frères et sœurs. Les cadavres de Rose et de Narcisse mêlaient leurs pitoyables ossements. Le corps adulte de Marguerite a été déterré un peu plus loin, il fallait pour elle plus d’espace que pour nous, les bébés morts à la naissance. Pourquoi certains des témoins pleuraient-ils ?

Notre mère bégayait des explications.

⸻ Mon mari ne voulait pas de contraception. Moi, je ne supportais pas l’idée d’être mère… J’ai gardé mes grossesses secrètes, personne n’a rien vu, je les ai tous étouffés à la naissance…

⸻ Et pourquoi avez-vous gardé Marguerite ? l’interrogeait-on.

⸻ Cette fois-là, je ne m’étais pas rendue compte que j’étais enceinte et mon mari, lui, s’en est aperçu, il était content, jusque-là il me croyait stérile,  je ne pouvais plus rien faire… Ensuite, il a dû se douter de quelque chose, il est parti.  Mais j’ai été une bonne mère pour Marguerite, comme pour les autres.

Elle a clamé à nouveau, la tête bien haute :

⸻ J’ai été une bonne mère pour chacun d’entre eux, je les ai gardés près de moi, j’ai fait pousser des fleurs sur leurs sépultures, je leur ai donné des prénoms, je leur parlais, je ne les ai pas abandonnés.

⸻ Alors, pourquoi avoir tué aussi Marguerite ?

⸻ Je suis une bonne mère, avait-t-elle répété sans se lasser, je ne pouvais pas laisser s’éloigner l’un de mes enfants, il fallait que je veille sur les miens.

Il paraît qu’elle envoyait elle-même les faux messages de Marguerite à New York du téléphone portable de celle-ci.

 

De tout ce mal, un bien est sorti. Nous n’avons pas été séparés. Une tombe a été creusée pour nous six. Nous y sommes tous ensemble, comme autrefois dans le jardin. Notre mère nous manque, bien sûr, mais notre fratrie n’a pas été séparée. Une famille unie.

 

Author: Maria Briffaut

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